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Pilotage d’un centre d’appels : comment passer de la navigation à vue au pilotage par la data
Lors d’une mission récente chez un client dans le secteur des télécommunications, j’ai découvert une situation que je rencontre régulièrement : un centre d’appels qui tourne… mais sans visibilité réelle sur ce qui fonctionne ou non.
Le directeur recevait bien un reporting quotidien avec des chiffres. Les managers consultaient des KPI. Mais personne ne prenait vraiment de décisions basées sur ces données. Pourquoi ? Parce que les indicateurs n’étaient pas assez précis pour déclencher des actions concrètes.
Résultat : l’équipe répondait aux urgences, éteignait les incendies, mais n’améliorait pas structurellement la performance. Le CA avait d’ailleurs baissé de 20% vs l’année précédente à la même période.
Le symptôme : des managers qui "gèrent" au lieu de piloter
Quand j’ai observé l’organisation, j’ai constaté que :
- Les responsables plateau passaient leur temps à reprendre des clients compliqués ou répondre à des questions techniques
- Les superviseurs formaient, accompagnaient… mais n’analysaient pas les données pour identifier les vrais leviers d’amélioration
- Tout le monde était sollicité pour des urgences, sans temps pour structurer ou anticiper
Un exemple parlant : lors de l’audit des connaissances d’une superviseure, j’ai découvert qu’elle pensait que les écoutes servaient à « envoyer un email à l’agent pour le recadrer ».
Elle avait complètement raté l’objectif : accompagner la montée en compétences.
C’est le signe d’un centre qui pilote à l’instinct, pas aux KPI.
Le diagnostic : des KPI qui existent... mais qui ne servent à rien
Le centre mesurait des choses, certes. Mais mesurer n’est pas piloter.
Les indicateurs étaient trop généraux :
- Volume d’appels global
- CA quotidien
- Taux de transformation moyen
Impossible avec ça de répondre aux vraies questions :
- Qui performe et qui décroche ?
- Pourquoi certains créent 14 000 fiches mais ne vendent presque rien ?
- Où sont les goulots d’étranglement dans le processus ?
Ce que nous avons découvert en creusant les données
En analysant une campagne commerciale, nous avons mis au jour un problème majeur :
14 000 fiches créées + 3 200 fiches vierges non qualifiées.
Certains commerciaux créaient énormément de fiches mais ne les traitaient pas. D’autres qualifiaient mal.
Pire : nous ne pouvions même pas identifier qui créait les fiches vierges, car la donnée n’était pas trackée dans le CRM.
Avec l’équipe technique, nous avons dû croiser plusieurs sources pour détecter les agents concernés.
Sans une analyse fine, ce problème serait resté invisible.
Un autre constat troublant : les personnes qui créaient le plus de fiches étaient celles qui faisaient le moins de ventes, et inversement.
La solution : des KPI actionnables + un processus de suivi
1. Définir les bons indicateurs par activité
Nous avons restructuré le pilotage autour de 3 axes stratégiques avec des KPI précis :
Cross-sell
- Objectif : 6000€/mois
- Prime progressive selon le niveau d’atteinte
- KPI suivi : Ventes cross-sell / 100 contacts utiles (cible : 8 à 12)
2. Automatiser l'attribution et le tracking
Avant : Les commerciaux cherchaient dans la base au petit bonheur, appelaient les mêmes clients, créaient des tensions entre eux et avec les clients (qui recevaient 3 appels la même semaine).
Maintenant :
- Les clients éligibles sont identifiés automatiquement (clients depuis 12 mois minimum, éligibles fibre si mobile-only, etc.)
- Chaque commercial reçoit un périmètre dédié : 300 à 450 fiches/mois, attribuées nominativement
- Aucun doublon possible : un client ne peut être que dans une seule campagne à la fois
3. Créer des workflows de suivi automatisés
Nous avons structuré les parcours clients en campagnes automatiques :
- J+30 auto : Appel systématique après 30 jours
- M+6 auto : Relance à 6 mois avec proposition d’optimisation
- M+12 Cross-sell : Détection automatique des opportunités de vente additionnelle
- Fidélisation récurrente : Suivi des clients à des moments clés
Chaque campagne a son script, son processus de qualification, et son routage automatique.
4. Mettre en place un suivi hebdomadaire par agent et par campagne
Nous avons instauré des réunions de pilotage hebdomadaires où chaque manager présente :
- Les résultats de ses agents (par campagne, par KPI)
- Les écarts vs objectifs
- Les actions correctives engagées
- Les besoins en formation identifiés
Exit les reportings globaux peu exploitables. Place aux analyses fines et actionnables.
Les résultats : productivité x4 et pilotage retrouvé
Optimisation du processus de qualification
Avant : 12,30 minutes par fiche
Après : 2,45 minutes par fiche
Gain de productivité : x4
Comment ? En simplifiant le process :
- Lancer l’appel
- Vérifier nom et métier dans le CRM
- Vérifier opportunité, type de client et activité dans le système de gestion
- Qualifier en RA Simple à J+4 si nécessaire
- Capitaliser sur les recherches déjà effectuées
Structuration du cross-sell
- Avant : Chasse anarchique, doublons, tensions
- Après : Attribution nominative, périmètre dédié, suivi de transformation
Résultat : Les commerciaux chassent sur un terrain propre, avec des leads qualifiés. Ils savent ce qu’on attend d’eux et sont récompensés à la hauteur de leur performance.
Accompagnement managérial renforcé
Les superviseurs ne « recadrent » plus. Ils :
- Analysent les statistiques de la semaine
- Échangent avec les agents pour ajuster leur discours
- Transmettent les données de performance
- Encouragent l’amélioration continue
C’est toute la posture managériale qui a changé.
Mise en place d’un processus d’escalade pour les ventes non validées
Un nouveau processus a été structuré pour gérer efficacement les problèmes :
- Étapes clairement définies
- Responsables identifiés
- Délais à respecter
Objectif : Réduire le temps de résolution et améliorer la satisfaction client avec des réponses rapides et précises.
Les 5 piliers d'un pilotage efficace par les KPI
Si je devais synthétiser cette mission, voici ce qui fait la différence :
1. Des KPI spécifiques et actionnables
Pas de « taux de transformation global ». Mais : « Taux de transformation en cross-sell des fiches attribuées ce mois-ci, sur la campagne M+12 ».
2. Une attribution claire des responsabilités
Chaque KPI a un propriétaire. Chaque agent a un périmètre. Chaque campagne a un pilote.
3. Des outils qui automatisent le tracking
Ne perdez pas de temps à sortir manuellement des données. Automatisez l’attribution, le routage, les relances. Votre CRM doit faire le boulot.
4. Un rythme de suivi régulier et non négociable
Pas de « taux de transformation global ». Mais : « Taux de transformation en cross-sell des fiches attribuées ce mois-ci, sur la campagne M+12 ».
5. Une logique d'amélioration continue
Les KPI ne servent pas qu’à « contrôler ». Ils servent à identifier les leviers de progression et valoriser les best practices.